Samedi, il fait beau, il fait très chaud.Billie nous donne rendez-vous à l’Antirouille, à côté de la place Rouville, dans les mondialement célèbres pentes de la Croix-Rousse.
Les cheveux trempés de toute cette sueur nauséabonde accumulée cette après-midi, et accompagné de mon acolyte Marion, notre photographe nationale, j’arrive au bar. Billie, installée en terrasse, a déjà entamé son cola (on est comme ça chez Shoot !t, on cite pas les marques). Ca fleure la bonne productivité.Après quelques digressions sur les produits capillaires, l’alcool, et d’autres sujets passionnants que je vous passerai, on se lance dans le vif du sujet.
On est là pour parler de son nouvel EP, « Les Nuits Aquatiques », dont la sortie se fera le 15 Juin chez le mythique label Gourmets Recordingz (eux, on vous en reparlera bien un de ces quatre, promis).
Du coup, une release party est de mise : Billie organise ça au Club Transbo, dans le cadre des French Kiss. Ne demandez pas le jour du French Kiss, on vous l’a dit un peu plus haut. Vous pouvez prendre les dernières places sur Digitick, alors foncez.Parce que voilà : elle a invité sur scène ses copines Marine Pellegrini (d’Erotic Market, et accessoirement réal du skeud), Noémie Lacaf (de Morikan, sa soeur, sisi la famille), Carmen Maria Vega (de Carmen Maria Vega, sans surprise) et Karimouche (vous avez compris l’idée des groupes éponymes, même si on suppose que son véritable nom n’est pas Karimouche, mais passons).
Avec ses zikos Teddy et Simon, elle va jouer ses nouveaux morceaux de l’EP, bien sûr, mais aussi plein d’inédits que même que vous les avez certainement pas entendus.
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Elle me parle de sa longue bataille avec son frère d’armes Joss (Alt, le mec qui gère sa communication visuelle de ses doigts de fée) pour créer un décor correct, pour finalement se faire proposer un coup de main par Luc Sabatin (chanteur de Golden Zip, je suis sûr que vous connaissez), menuisier devant l’Eternel. Elle saupoudrera ce décor des créations de Laurene Vernay, créatrice à Lafabriq, montée de la Grande Côte, à Lyon (pour l’anecdote, ce sont ses boucles d’oreilles qu’on aperçoit dans le clip de « Sentimentale »).Quand on essaye de parler des origines du projet Billie, ça capote : impossible de remettre la main sur l’année des débuts. Billie lance sans grande conviction « l’année 2010″. Je conteste en affirmant l’antériorité du projet lors d’un débat sans fin. Je lui donnerai raison faute de preuve.
« Les Nuits Aquatiques » est son deuxième EP. Le premier, « Les Filles Electriques », sorti en 2010 (tiens donc), a précédé son album « Le Baiser », qui a maintenant deux ans.On aborde alors le thème de ce nouvel EP, plutôt aquatique : « C’est un univers qui me plait bien : les sirènes, le monde aquatique, les fonds marin. En plus y a un truc qui se mélange avec la nuit, il y a un côté sombre, c’est hyper poétique. Ca me parle. Il y a déjà pas mal de mes chansons sur « Le Baiser » qui parlaient de l’eau : « Ta bouche » qui parle du fait que je suis un poisson, « L’âme bleue » qui parle de sirènes… »

En dehors du projet qui nous occupe dans cet article, elle est également comédienne pour Les Soeurs Goudron, un projet de théâtre de rue. Elle chante également sur une majorité des dates du Bal du Grolektif (dont ou vous parlera également bientôt), mais aussi sur certains albums de ses confrères saltimbanques. On parle rapidement de sa grande carrière de voix offs pour des pubs : elle avoue sans peine ne pas avoir la voix de la femme fatale, mais qu’elle joue régulièrement des enfants. « C’est les meufs qui font des ptits garçons », et elle en profite pour balancer sa pote Karimouche, qui bouffe aussi à ce râtelier.
Du coup, je me fais la réflexion que le lien entre la musique et la comédie se fait vachement facilement dans le milieu de la musique (on pensera à Carmen, Karimouche, Palandri, Balmino, Prohom, etc.). Elle explique ce curieux phénomène par le fait qu’il s’agit certainement d’une « culture pour les gens qui font de la chanson et qui apprennent le texte en français ».
Et d’enchaîner sur son parcours : « Moi, je suis venue à Lyon pour être comédienne. Steph (Balmino) et Philippe (Prohom) sont pas comédiens à la base, mais je pense qu’au bout d’un moment, t’as envie d’élargir ton spectre artistique, d’essayer des choses. Peut-être qu’un jour ils vont finir danseurs. »
Beaucoup de danse pour Billie : formation de 15 ans (en parallèle de sa formation de musique, au Conservatoire de Villeurbanne). Elle explique son embardée dans la musique par une certaine influence des gens qu’elle côtoyait : « J’aurais fait une école de théâtre, j’aurais été embarqué dans des projets de théâtre » (et vous remarquerez la faute grammaticale énorme du début de phrase).
« Je n’ai pas fait un croix sur la comédie : je me considère comme une artiste au sens large, j’ai envie de tester des trucs, de pas rester dans le même petit cercle fermé, dans des habitudes ».

On commande à boire : le serveur nous indique que le service se fait au bar, mais il admettra rapidement qu’on est seuls en terrasse et finira par prendre la commande. Après le Coca, on passe à la Tigre Bock (OUPS, J’AI DIT LES MARQUES).

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Billie me vend la réalisation du disque par Erotic Market. C’est elle qui leur a proposé : « ils ont été assez étonnés par la demande, parce qu’ils disaient que leur univers était assez éloigné du mien, et qu’ils n’ont jamais travaillé avec quelqu’un qui chante en français. »
« J’avais 25 chansons et on en a choisi 4. On a tout enregistré l’été dernier au Studio Polycarpe. Et c’était marrant d’avoir ce duo qui te dirige, avec Marine qui est plus sur la voix, l’interprétation, et Lucas qui est plus dans les machines, c’était vachement intéressant d’être dirigée par eux. J’avais le texte, la mélodie, et ils ont recréé toute la musique autour de ma voix. Et c’est ça qui a été vachement intéressant de mettre en place après, se réapproprier les morceaux à trois (ndlr : avec Teddy et Simon), pour que ça sonne avec une guitare, une basse et les machines de Teddy. C’était cool, ça donnait un tout autre son. »
Le serveur nous apporte les breuvages, et Billie nous explique qu’elle revient d’Allemagne, et qu’en Allemagne, on trinque avec le bas du verre, d’où les bocks avec les méga-culs (c’était l’instant culture étrangère).
Lors de la résidence au Periscope pour bosser les morceaux sur scène, Erotic Market étaient là pour donner des avis sur le rendu sonore des machines. On apprendra qu’elle leur demanderait bien de revenir pour l’enregistrement de l’album pour garder la même couleur.

Marion, la photographe, nous quitte pour se soulager avant même d’entamer sa bière. S’ensuit une intense discussion sur la stratégie bière/pipi, ou comment s’assurer une bonne maîtrise de sa vessie lors de la consommation du houblon.

On profite donc de l’arrivée de l’alcool pour parler politique : quid de l’engagement par le biais de la musique ?
« Je l’ai déjà fait avec la chanson « Dehors », qui est vraiment une bannière pour plein d’associations, et j’ai fait beaucoup de concerts pour les sans-papiers. En ce moment, je bosse avec un mec qui fait une compile qui s’appelle « Les filles debout » pour récolter des fonds pour que les nanas dans la jungle de Calais aient le minimum vital pour leur intimité, et pour qu’elles aient notamment accès au « pisse-debout ». »

Et on se questionne un peu comment marche ce fameux « pisse-debout », avec Marion qui est entre-temps revenue des toilettes et qui se lance dans une recherche sur Google. C’est à peu près là qu’on perd le fil de l’interview.

Pour les parisiens (personne n’est parfait) qui ne pourraient pas venir le 15 Juin au Club Transbo, rendez-vous le 17 Juin chez Madame Arthur, pour une soirée de folie avec les danseuses du cabaret, une Billie DJ et plein d’autres folies.

François CHAVALLARD