Rencontre avec Declan Mckenna : jeunesse, talent et simplicité.

Mercredi 8 février, Declan McKenna était programmé au Marché Gare en première partie de Blossoms, pour une soirée british et pop.

Je rencontre ce jeune homme pour un petit entretien. Confortablement installés dans les loges du Marché Gare, avant qu’il parte faire les balances avec ses musiciennes et musiciens. 

En ce moment ils voyagent avec Blossoms, avant de poser leurs valises à Lyon pour un soir, ils sont passés par Luxembourg, Bruxelles et Paris, la veille, tout ça dans le cadre de leur tournée européenne. Le lendemain, ce sera direction Barcelone. Voyager avec un autre groupe semble avoir des avantages : ils sont arrivés dans deux tour bus imposants. Le parcours de Declan McKenna est singulier. Repéré à 15 ans à peine, alors qu’il postait des démos en ligne, on lui offre l’opportunité d’enregistrer son premier titre : « Brazil » (2014). De là, tout s’enchaîne rapidement. Il joue à Glastonbury dans le cadre de l’Emerging Talent Competition : le tremplin du festival, la scène découverte. Cela le propulse encore davantage sur le devant de la scène. À 16 ans, il est signé chez Columbia.

Frédérique : Tu as été signé très tôt chez Columbia et ta carrière (je ne sais pas si ce mot te convient) a déjà évolué très rapidement. Comment vis-tu tout cet enchaînement ?

Declan : Ce n’est pas quelque chose auquel on s’attend, surtout que tout est parti d’un seul titre : Brazil. C’était à la fois effrayant, intimidant, mais aussi la meilleure chose qui puisse m’arriver. Le fait d’avoir été signé, d’avoir ce soutien financier, ça me donne un vrai confort, une vraie liberté pour créer et vivre de ma musique. Je mesure d’autant plus ma chance parce que je pense qu’il est plus difficile maintenant, comparé à il y a une dizaine, vingtaine d’années, pour des jeunes artistes et groupes de survivre dans cette industrie. Il y moins de structures comme des MJC (Youth groups) et moins de financements à cet égard.

F : Justement, depuis ce premier titre, Brazil, beaucoup de choses semblent avoir changé, musicalement, et même simplement dans ta voix.

D : Oui, le résultat de la puberté (haha), ma voix a bien changé depuis ! Mais oui je pense qu’entre 15 et 18ans, j’ai beaucoup progressé dans l’écriture de mes morceaux, ce qui est excitant, ça veut dire que je vais de l’avant, je continue d’avancer et de faire des choses qui me plaisent.

Ce titre en question, Brazil, est une critique de la fifa. Étonnant hasard, puisque dans la bande son du jeu FIFA 17, apparaît un de ses morceaux : Isombard. C’est une plateforme énorme pour sa musique, qui amène plein de gens à écouter sa musique qui n’en auraient pas eu connaissance autrement.

F : Alors, ça fait quoi d’avoir un de ses titres dans FIFA ?

D : C’est cool ! J’ai reçu un mail un jour, m’annonçant ça. En plus en ce moment, avec le nombre d’heures passées dans le bus, j’ai recommencé à y jouer et je me suis pas mal amélioré (haha).

F : Tu abordes des sujets dans tes chansons qui témoignent d’une certaine maturité. Tu sembles vouloir donner une voix à la jeunesse, c’est l’idée ?

D : Je crois que c’est difficile pour les jeunes, tu veux qu’on entende ta voix, ce que tu as dire mais tu ne peux pas l’exprimer par ton vote si tu n’as pas l’âge, ou on ne t’écoute pas.

F : Dans ton dernier clip, pour la chanson « The kids don’t wanna come home », tu abordes ce sujet là non ?

D : Oui complètement. Au vu du thème de chanson, qui est de donner une voix aux gens, aux jeunes, de les laisser s’exprimer ouvertement et publiquement, on a décidé de le faire littéralement en leur donnant la parole.

F : Tes textes parlent d’une génération un peu perdue, un peu désenchantée. Mais je trouve qu’il y a quand même un vrai espoir qui en ressort. Comment vois-tu les choses ?

D : Je crois que c’est ce que j’essaie de faire ressortir. L’état actuel des choses, du monde, est un peu effrayant et déboussolant, mais oui je suis plutôt optimiste quant à tout ça.

F : Est-ce qu’il y a des artistes avec lesquels tu aimerais travailler ou dont tu admires le travail ?

D : Je suis un grand fan de Saint Vincent, c’est une compositrice et guitariste super, et quand je l’ai vue en live c’était une des meilleures expériences. J’ai adoré le boulot qu’elle a fait avec David Byrne. En fait, il y a plein de gens avec lesquels j’aimerais collaborer, comme MF Doom ou Run the Jewels par exemple, des artistes plus hip hop.

F : Et sortir de du genre de musique que tu fais actuellement ?

D : Oui, je ne compte pas rester dans un seul style musical longtemps.

F : Tu vas sortir un album prochainement ?

D : Oui, je viens tout juste de le terminer, il devrait sortir dans les prochains mois, avant l’été. J’ai écrit les titres sur ces 2, 3 dernières années, donc ça a été un processus assez long. Ça donne une vraie vision de l’évolution de ma musique entre mes 15 et 18 ans et finalement tout se complète et s’articule ensemble.

Quelques heures après, nous le retrouvons sur scène. Le public est bien présent. La voix

singulière de Declan résonne dans la salle. C’est un succès il semblerait.

Frédérique Aubert