Un appel de dernière minute et me voilà en route pour le Transbordeur, à la rencontre des membres de Glass Animals, groupe anglais composé de quatre garçons d’une vingtaine d’années alliant dans leur musique toutes sortes de genres et d’influences différentes : sorte de pop rock électro dansante aux accents tropicaux.
Je rencontre Dave Bayley, le chanteur mais aussi producteur, auteur-compositeur et guitariste, bref, un peu le « main man » du groupe. On s’installe en loges, je sors mon petit carnet Frida Kahlo pour prendre des notes. Premier bon point, lui aussi est fan de Frida Kahlo.
En premier lieu, je remarque l’attèle qu’il a sur la jambe droite.

Frédérique : Je vois que tu t’es blessé, tu t’es fait ça sur scène ?

Dave : Je me suis battu, j’ai donné un coup de pied trop fort à quelqu’un… Non, je déconne, je suis tombé de scène. Mais tout va bien, on me l’enlève dans un peu plus d’une semaine.

F : Combien de temps tu es resté coincé avec ça ?

D : Environ, 6 ou 8 semaines il me semble.

F : Vous avez du annuler des dates ?

D : Non, on a pu toutes les faire. J’étais inquiet, je ne voulais surtout pas avoir à annuler quoi que ce soit. Du coup on a pris deux types super costaux du Cirque du Soleil pour me trimbaler sur scène. Et après j’ai construit une sorte de télé géante et j’ai fait les concerts assis dessus. Mais maintenant je peux à nouveau marcher.

F : Super, tu as donc pu jouer malgré tout. Dans quelles autres villes êtes vous passés récemment ?

D : On a fait Lausanne en Suisse, Cologne, Munich. Ensuite on va à Strasbourg, Utrecht, etc.

F : C’est votre tournée européenne ?

D : Oui, c’est une sorte de mini tournée. On vient de finir celle des U.S.A. et on a décidé de venir faire un tour dans des villes où l’on n’avait pas encore joué.

F : Est-ce que tu peux me parler un peu des débuts du groupe, de comment vous avez commencé ?

D : Oui, ça a commencé il y a… 5 ans ! Mon Dieu, déjà ! J’étais à la fac, j’avais du temps libre et j’ai commencé à écrire des chansons. J’ai acheté un petit synthétiseur mais je ne pouvais pas être trop bruyant, risquant de réveiller mes colocataires. J’ai fait écouter ce que j’avais fait à mes amis les plus proches. Ils ont trouvé ça cool et m’ont dit de le mettre sur internet. J’ai dit ok, mais vous devez faire partie du groupe alors. Et c’est parti de là !

F : Et aucun d’entre vous n’avait joué dans d’autres groupes avant ça ?

D : Non, jamais.

F : Vous avez d’autres projets en dehors de Glass Animals, en solo par exemple ?

D : Personnellement, j’écris et je produis pas mal de titres pour d’autres gens. On a aussi fait des collaborations avec d’autres artistes.

F : En parlant de collaborations, je pense notamment à celle avec Joey Bada$$ qui est un titre que j’aime beaucoup, comment cela s’est présenté ?

D : On était à New York, on a fait un concert dans Central Park. Nous avions eu vent par des amis communs qu’il aimait bien notre travail et la chanson « Toes ». Du coup on l’a invité à notre concert mais il n’a pas pu venir. Mais il se trouve que le lendemain, nous avions tous un jour off, donc on s’est retrouvés au studio.

F : Vous avez fait ce titre en un jour ?

D : C’était super rapide. En fait il est arrivé avec plusieurs heures de retard, du coup ça m’a laissé le temps de préparer des sons. Lorsqu’il est arrivé, je lui en ai fait écouter quelques-uns et sur le dernier il a dit « C’est celui là ! ».

F : C’était votre première collaboration de ce genre ?

D : On a déjà travaillé avec d’autres gens, comme Flume par exemple. Mais avec un artiste de cette envergure, c’était la première fois.

F : Il y a d’autres artistes avec lesquels tu aimerais travailler ?

D : Bien sûr, plein ! Il y a Sam Gallaitry que je trouve génial, en musique électronique. Il y a aussi le groupe Pumarosa. En hip hop, il y Vince Staples et No Name Gipsy que j’aime beaucoup.

F : Vous avez donc deux albums studio, un sorti en 2014, l’autre en 2016. Qu’est-ce qui a changé entre les deux ?

D : Pour Zaba, c’était la première fois que nous faisions de la musique, alors nous étions un peu timides et je trouve que ça se ressent dans l’album. C’était très travaillé, léché, on voulait que tout soit parfait. Mais après on a tourné pendant deux ans, et en jouant live on a commencé à apprécier davantage ce côté plus cru et imparfait, cette énergie brut. Je voulais que cette atmosphère vienne nourrir le second album. Je crois aussi que cette fois les paroles sont plus affirmées et plus proches des gens.

F : Tu peux me parler un peu plus de ce deuxième album sorti en août dernier, How to be a human being ? Et de cette idée d’avoir fait un site par chanson/personnage ?

D : J’écoute beaucoup de musique sur mon téléphone maintenant, surtout en étant autant sur la route je ne peux pas me trimballer avec mes vinyles. Mais en consommant de la musique de cette façon, je n’avais pas l’impression d’avoir cette expérience complète. Quand tu écoutes un vinyle c’est comme un rituel, puis tu as un poster, les paroles, la pochette… Ça donne un contexte à la musique, d’où elle vient, qui l’a faite. Tout ça me manquait et je voulais trouver un moyen de recréer cela.

F : Quelles ont été tes principales inspirations pour cet album ?

D : On a tellement voyagé, tourné ces derniers temps qu’on a rencontré un nombre incroyable de personnes. Et j’ai commencé à enregistrer les histoires qu’on me racontait, je voulais en garder une trace. Certaines de ces histoires m’ont fait pleurer, d’autres rire, fait peur ou même carrément dégoûté. Il y a de tout. Ce que je voulais c’était me servir de toute cette matière. Du coup chaque histoire est devenue un personnage et chaque chanson correspond à un personnage : c’est eux que l’on voit sur la pochette d’album.

F : Comment vous composez vos titres, quel est le processus ?

D : Ça dépend, certains titres ont été entièrement écrits par moi. Souvent j’écris les paroles et la structure initiale du morceau. Je crée une sorte de démo que je fais écouter aux autres et ensuite chacun y ajoute sa partie, son propre son. Les autres membres sont bien meilleurs musiciens que moi, ils apportent beaucoup à ce niveau là.

F : Vous avez fait beaucoup de dates et joué dans plein de festivals, y a-t-il un concert en particulier, une expérience qui vous ait marqué particulièrement ?

D : Les meilleurs concerts ne sont pas forcément les plus gros. Là, on vient de jouer à Coachella, c’était incroyable, c’était la première fois qu’on jouait devant autant de personnes. Les gens surfaient sur la foule dans des bouées en forme d’ananas (le symbole du groupe). Sinon, on a joué à Salt Lake City, dans l’Utah. On s’est retrouvés au fin fond de la banlieue, dans un quartier résidentiel. La salle était minuscule avec juste un ampli et un projecteur en état de marche. Il y a eu 400 personnes entassées dans ce lieu, mais c’était génial.

Voici donc l’essentiel de ma rencontre avec Dave Bayley. Je le retrouve quelques heures plus tard sur scène, accompagné des trois autres membres de Glass Animals : Drew MacFarlane, Edmund Irwin-Singer, Joe Seaward. Le public est en forme, ça danse, chante, crie, l’énergie du groupe est communicative, avec Dave qui malgré l’attèle se balade de partout sur scène et même au cœur de la foule.

Frédérique Aubert