Marché Gare, le 8 Avril 2016.

Je suis censé retrouver le groupe juste après leurs balances. Leur manager me reçoit et me conduit en loge. Le groupe potasse sa set-list et finit son papelard pour la SACEM.
Bonjour Vincent, Camille, Luc et Benoît.
Ils me proposent quelque chose à boire : je prends une bière, merci.
On m’a prévenu que Grand Blanc était bavard, on va donc tester ça.

Le groupe ouvre, avec d’autres artistes (Salut C’est cool et Bagarre notamment), les hostilités au 22 à Bourges ce mardi qui vient. L’occasion pour moi de revenir sur leur parcours depuis les Inouïs du Printemps de Bourges 2014.
Ligne droite, selon le groupe, depuis ce passage à Bourges : trois disques sortis, leur titre « Samedi la nuit » qui passe à la radio, rencontre avec un tourneur, quelques télés aussi (notamment des reprises pour une émission consacrée au lien entre Gainsbourg et Bashung), une reprise de Q Lazzarus, un public de plus en plus large et le Grand Blanc que l’on connaît aujourd’hui. Comme quoi ça peut valoir le coup de jouer devant des pros saouls de la veille. Grand Blanc a sorti « Mémoires vives », son premier album en Février dernier.
Le groupe a aussi clipé pas mal. Trois titres sur les quatre de son Ep, un pour « Montparnasse » et un pour « Surprise Party ». Ce dernier, flashy et violent, a été réalisé par Max Vatblé, ce même Max qui a conçu la pochette de l’album. Gros plan sur le phare d’une voiture. D’aspect très propre et coloré, on révèle finalement sur la carrosserie des fissures, du verre brisé.

Camille : « De loin c’est quelque chose d’assez flashy et clinique, assez pop, et de près, tu te rends compte qu’elle est abimée. Elle évoque un accident, elle a une histoire, une mémoire. Par exemple quand on fait un morceau c’est un peu un accident aussi. »
On voit aisément que la pochette colle parfaitement au groupe. Grand Blanc raconte beaucoup son histoire avec des mots comme accident, chance ou hasard.

Benoit : « Max est sorti un peu de nulle part. Ce qu’on aime c’est de changer souvent de crèmerie, de rencontrer des nouvelles personnes. Etonnamment ce patchwork a l’air de sembler cohérent. C’est un sentiment qu’on a assez souvent dans Grand Blanc, par exemple pour l’album on a essayé de le faire assez patchwork aussi. C’est notre ligne artistique pour l’instant, elle a plein d’avantages : celui de faire des trucs assez polysémiques, pas clos. C’est quelque chose qui nous lie pas mal. Chaque fois qu’on termine un titre, on est très surpris du résultat. Parce qu’on est quatre, parce que chacun tire dans son sens. L’idée de ce groupe, c’est d’être surpris, de laisser les choses advenir. Il y a une part de hasard et de chance. J’ai l’impression qu’on a eu un coup de chatte incroyable à chaque fois qu’on a fini un titre.
Pour revenir sur la pochette ou le clip, la manière dont Max parlait du disque nous a vraiment plu, même si c’était différent de ce que nous en pensions, on a adoré son avis. On ne fait pas une musique fermée au niveau du sens. Elle est bordélique, le texte ne donne pas de message clair, du coup il y a une disponibilité et ce qu’on commence à kiffer de plus en plus c’est que l’histoire de Grand Blanc c’est également des artworks, des clips qui viennent compléter ce qu’on fait. »
On me confie également la sortie prochaine du futur clip : « L’Amour fou ».

Grand Blanc test7

À trois heures du concert j’évoque la relation entre le studio et la scène.
Benoit : « A l’origine on balisait comme des oufs de monter sur scène. On n’était pas hyper à l’aise. Par contre on aime jouer beaucoup et partout. C’est un peu la politique de la maison avec notre tourneur adoré. »
Luc : « On n’avait pas une grande expérience, on est devenu musicien de scène avec Grand Blanc. On redécouvre notre album, qu’on écoute plus trop en fait, on le redécouvre sur scène : y a plein de nouvelles choses qui viennent du live, qui donnent des nouveaux messages chaque soir.  »
Camille : « On avait du mal à jouer nos morceaux en live. Pour l’album ça nous a pris du temps mais c’est super intéressant. À force de répéter les choses, on se libère et petit à petit, il y a des modifications qui se font qu’on garde ou pas : c’est des détails, mais je pense que dans un an, si on continue à jouer cet album, il y aura une énorme différence entre le studio et le live et c’est vraiment intéressant. »

En tout cas, 3 heures après, des quidams se sont retrouvés accidentellement à combler la salle au Marché Gare, chauffés préalablement par Alexis & the Brainbow. Cris, Grand Blanc pleinement scandé. Des titres comme « Montparnasse » ou « Samedi la nuit » réclamés en masse comme s’il s’agissait de vieux standards. Comme si les accidentés étaient des vieux de la vieille.

Lois EME