La Pietà est un nom que vous ne connaissez pas forcément, et que vous n’entendrez pas (encore) sur les ondes généralistes et stéréotypées. En effet, cette chanteuse à l’univers sombre et assumé, tirant sa force de son vécu, souhaite prendre le contre pied de cette mouvance électro pop légère qui inonde les ondes, abreuvant la masse à coups de positivisme divertissant et abrutissant.

Après un premier projet musical intense mais avorté dans un circuit classique au final décevant, elle décide de tout plaquer et de prendre un nouveau départ.

Elle se lance dans l’écriture d’un roman, autobiographique et entaché d’émotions personnelles, nouvelle forme d’expression qui va la conduire sur le chemin de sa reconquête d’identité, et dont les textes vont servir de support à sa musique.

Dans sa chambre, elle quitte sa guitare pour le numérique, et explore une nouvelle aire de jeu, plus électro, plus hip hop, pour pouvoir y poser ses textes et cracher son venin. Son personnage est un fantôme errant parmi ses semblables dans la masse des gens et du quotidien, ayant perdu tout repère et croyance, arpentant le métro tous les matins sans destination aucune. Pour autant, cette âme en peine à l’inexistence utile ne tend pas à être suicidaire, mais incarne une manière non désespérée d’exprimer les choses douloureuses. Cet exutoire tend vers une forme de positivisme   : dire les choses, cela fait du bien.

Et c’est bien en cela que le projet pluridisciplinaire de la Pieta converge. Toucher les gens et leur rappeler que le sombre a aussi du bon. Les maux couchés sur la page blanche prennent forme musicalement, sous forme d’EP. Elle compose ses premiers morceaux et part les enregistrer en studio avec l’aide d’un ami musicien.

Les chapitres 1 et 2 voient le jour en mars 2016. Puis c’est un tourneur qui la reconduira sur le chemin du live, afin d’extérioriser et matérialiser ce visage intérieur nouvellement arboré sous son masque de chat. Elle s’entoure alors de musiciens, machine et guitare pour donner corps à l’ensemble et se relance selon sa propre voix et ses propres repères pour exister de nouveau.

Inspirée directement par l’oeuvre de Michel Ange, cette Marie pas si vierge évoque et dénonce les péchés du monde, tout en tentant de parachever sa résurrection.

La Pieta n’est pas là pour plaire, mais bien pour déranger. Société malade, condition de la femme, dérives de la religion, le panel est large et elle ne se prive pas de l’exploiter.

Un premier titre «   La moyenne   », accompagné d’un clip, sera le préambule de cette histoire.

Depuis, pour la Pieta, les dates s’enchaînent, les chapitres 3 et 4 sont prévus pour mars, et elle espère bien franchir la dernière marche pour accéder au Printemps de Bourges.

Pas de doute, si une page se tourne bien cette année, il en reste encore de nombreuses avant d’entendre la conclusion de ce groupe qui n’en est qu’à l’introduction.

Aymeric Dumoulin