Rencontre avec Lescop. découvert pour ma part tardivement aux Nuits de Fourvière 2013 en première-première partie de Sinead O’connor et Cocorosie, sa musique n’a depuis jamais laissé mes oreilles tranquilles, moins encore lors de soirées où on se plaisait à faire découvrir aux autres le titre « La forêt ».
Discussion prévue donc dans les loges, à quelques heures de son concert au Transbordeur.
Je retrouve Mathieu et son équipe. On laisse la ribambelle de musiciens, manager et autres pour aller dans une loge, Mathieu et moi. Quelques textos de dernières minutes sont envoyés et on est parti.J’aborde pour nous échauffer les arts qui pourraient le passionner. Il me parle de cinéma, de littérature, de photographie, de bande dessinée en me balançant quelques noms : Pratt, Céline, Tardi ou bien Fitzgerald dont le roman « Les heureux et les damnés » aurait inspiré le titre « Insomnies » de son dernier album « Écho » (octobre 2016).La conversation dévie donc sur les inspirations :
« Finalement il n’y a rien de moins inspirant que la musique pour créer de la musique(…) Quand tu travailles beaucoup dans ton domaine, t’as envie d’aller voir ailleurs. Par exemple pour moi l’écriture de chansons, quand j’écoute d’autres qui chantent en français, je vais les écouter par plaisir, pas par inspiration. En plus si on parle de groupe du moment, pour la plupart c’est des gens que je connais. je ne vais pas m’inspirer de Feu Chatterton ou de La Femme par exemple. Si je veux m’inspirer de chanson en français, ce sera des personnes loin de moi et de ma génération. Brel par exemple. Je cherche aussi à m’inspirer de ce que j’observe autour de moi ou de ma modernité, de mon époque »

C’est quoi cette époque aujourd’hui?

« L’époque est troublé comme toutes les époques, c’est ce que disait Céline. Mais si on parle juste au niveau de l’art, je trouve que les artistes s’interrogent sur le fait d’utiliser les outils que mettent à disposition le système néo libérale, pardon mais ça s’appelle comme ça quand même, ou d’être plus discret et de s’en tenir à l’écart. Par exemple il y a 10 ans je connaissais des artistes, dont je fais parti finalement, qui ne voulaient pas entendre parler des réseaux sociaux, par exemple. Maintenant tu peux pas, moi j’ai été obligé de m’y mettre, alors que je disais que c’était de la merde; je voyais ça comme un élément de la société de consommation, de show-off. Maintenant je vois ça comme un moyen pour tous de promouvoir gratuitement ton art. Je me suis clairement fais avec ça; c’est pour ça que j’ai changé d’avis, j’ai retourné ma veste. Parce qu’un jour j’ai balancé le clip de « La forêt » sur les réseaux sociaux. On l’a fait pour moi d’ailleurs, moi je voulais pas, c’est pour te dire comme j’étais déconnecté. A l’époque j’avais des rendez-vous avec des maisons de disques, ça les intéressaient pas, ils me disaient : il y a pas de single!? Quand ils ont vu que d’un coup tout le monde partageait le clip, là ça les a intéressé les mecs. C’est normal je me met à leur place. L’art se cherche là dedans.

(…) Moi ce que je pense, et mon album parle un peu de ça, de manière détournée, mais il ne faut pas oublier que l’art et plus intéressant que l’artiste. L’artiste est intéressant par ce qu’il crée. Et après t’as envie de savoir qui est la personne. C’est intéressant parce qu’il crée quelque chose et pas le nombre de vues sur facebook, etc… T’as plein d’artistes qu’on plein de followers mais personne n’écoute ce qu’ils font. C’est juste que le personnage plait, qu’il est médiatique ou connecté, c’est bizarre ça. »

Je demande alors si lui est un personnage en tant qu’artiste, ou bien reste-t-il lui même, et comment le voit le public.

« C’est les deux. C’est une projection de moi forcément. C’est pas moi, parce que moi c’est ma vie privée. Je pense que c’est une bonne attitude en tant qu’artiste de se sentir à la fois concerné et dégagé. Engagé et dégagé. Ca peut être étrange, il faut à la fois se prendre au sérieux et pas se prendre au sérieux; avoir de l’humour, du second degré et rester sérieux. Pour moi c’est un équilibre »

Exemple à la con me dit t-il :

« Au début je m’étais fait un nom, et j’avais été récupéré par un petit site de facho qui disait « Ce mec là il chante en français, il est patriote etc… » Ils avaient plané les mecs. Je suis pas entré en contact avec eux pour leur demander d’arrêter parce que j’en voyais pas l’intérêt. Mais c’est un truc qui m’aurait fait chier si on s’était imaginé que j’étais un petit facho. Après les gens peuvent s’imaginer que je suis gay ou catho pratiquant, je m’en fiche, ça m’est égal. Faut pas que ce soit des trucs qui me rebutent. »

J’en profite pour faire un lien avec ces convictions politiques ou sociales :

« Je suis de gauche, je l’ai jamais caché. Mes parents étaient militants, d’extrême gauche, j’ai grandit dans cette ambiance, puis plus tard j’ai pris de la distance. Ma mère faisait les cours du soir pour les ouvriers, les amis de mes parents étaient militants aussi. Quand j’étais petit j’avais pas le droit de regarder des films américains. Mes parents étaient presque sectaires. J’ai fait la part des choses, j’ai fais d’autres rencontres et puis mes parents ont changé aussi entre temps. Mais j’ai gardé une nostalgie de cette époque, où il y avait un esprit de solidarité entre les gens, une mixité sociale qu’il y a moins aujourd’hui. Maintenant les classes populaires sont divisées, par le Front National par exemple. C’est pas le Front National qui va emmener les ouvriers aux cinéma ou les inciter à réfléchir, au contraire. »

Comme dans Shoot it on veut surtout pas froisser nos lecteur du FN, on va revenir sur la musique et comparer un peu les 2 albums :

« La différence c’est que pour « Echo » je suis arrivé seulement avec des textes en studio et on fait les compositions sur place. Alors que pour le premier, je suis arrivé avec des démos. « Mauvaise fille » est le seul morceau d’Echo où il y avait déjà une démo. Ce qui est intéressant c’est d’être allé vers des morceaux où moi je serais pas allé spontanément; comme « Suivie » ou « Dérangé » où je me suis vraiment concentré sur le texte qui prend beaucoup de place.

(…) Il n’y a pas vraiment eu de repet. J’étais en studio, on me proposait de la musique et je regardais dans mes textes ce qui pouvait coller avec ça. C’est pour ça aussi que les voix sont plus proximatives et moins projetées que dans le premier album.

(…) Les personnages de l’album ne sont pas tout à fait inventés, il y a un peu de moi en eux pour certains, il y a aussi en eux des personnes que j’ai pu observer. Ce sont des gens qui ont besoin d’être aimé, et ils ont ce pouvoir d’attraction et de séduction qu’ont les gens tourmentés. Les personnages de l’album sont comme ça. Ils ont besoin d’attirer l’attention, mais ils ont du mal. »

La pochette de l’album?

« Pour la pochette je voulais passer du noir et blanc à la couleur. Mais avec des couleurs pâles malgrés tout. C’est pour ça que j’ai choisi le polaroïd. Je ne saurait pas en dire plus. Je trouvais que ça collait avec l’univers de l’album et des personnages. Quelque chose de blafard. »

Et ce symbole? Cette étoile à six branches?

« C’est le symbole de Lescop, pour moi ça représente tes méandres, tout ce que tu peux avoir en tête de différents parfois, éparses, qui se rejoignent en un point. Six branche parce que le 6 en numérologie c’est l’équilibre, c’est l’harmonie. Tout tes méandres, tes idées saugrenues et bien elles font partie de ton équilibre. C’est montrer que des choses contradictoires convergent. »

Tout est un finalement ?

« Tout est six aussi, le déséquilibre fait parti de l’équilibre »

Lescop 13/12 - Transbordeur ©LoisEME

Du coup on tape quelques photos et on se dit au revoir parce qu’on est bien élevé. Trois heures plus tard dans un transbo club bien ampli, Daisy Lambert chauffe ce beau monde et laisse la place à Lescop très attendu. Les gros titres y passent et ce second album que je ne connaissait que dans sa version studio prend énormément de relief sur scène. C’est une claque en fait. Lescop se permet même de tous nous asseoir sur « Dérangé ». Il nous tient compagnie dans la fosse le temps d’un morceau, nous quitte une fois pour mieux revenir et nous dit à la prochaine.

Lois EME