Annemasse, Château-Rouge, le 30/01/2016, second soir des auditions Rhône-Alpes pour les Inouïs du Printemps de Bourges 2016.23h. Le monde présent ce soir aux auditions commence à être éméché : j’en vois certains tituber en les croisant dans les couloirs. Évidemment, en tant que véritable professionnel, j’ai évité toute consommation qui mettrait mon discernement en danger. Il me semblait intéressant d’en parler.

J’ai rendez-vous avec les membres de Satellite Jockey un peu après leur concert. Suffisamment pour les laisser faire leur devoir au merchandising. Je les retrouve dans leur loge presque trop petite pour eux, qu’ils partagent avec Sin Tiempo. Ils sont vachement nombreux pour l’interview, les six membres sont là, je galère un peu à leur tendre le téléphone qui me sert de micro. Les six veulent souvent intervenir en même temps, se coupant la parole, aucune discipline. Heureusement pour moi, ils partagent la même parole et sont d’accord sur pratiquement tout.

Satellite Jockey est né en 2011 à Brest et a déménagé pour Lyon il y a deux ans. Un premier album en 2011, un EP puis un autre album et même qu’ils compilent leurs morceaux précédant sur K7 en fin 2013. Le dernier album « Falling » est sorti en Mars 2015 mais les Satellite promettent un album pour tout bientôt, l’ayant enregistré l’été dernier. On note aussi un prix du jury remporté au dernier tremplin du Ninkasi.

Concernant leur sélection aux auditions des Inouïs : « C’est assez stressant, on nous fait bien comprendre qu’il y aura beaucoup de pros dans la salle, […] C’est un public qui est là pour juger, ce n’est pas notre public habituel… On est déjà contents parce qu’on a l’habitude de jouer dans des salles plus petites ».

Satellite Jockey est un groupe avec pas mal de monde : 6 musiciens, pas mal d’instrus (3 guitares, basses, synthés, violon, trompette…). « C’est bien pour nous car on est assez nombreux sur scène et ça nous permet de jouer notre live à des programmateurs de plus grandes salles […] on aimerait arriver à jouer dans des salles plus importantes, on est prêts. On fait peur aux salles du fait du nombre et du coup on ne passe pas en première partie. Le fait même d’être aux sélections Rhône-Alpes est un plus. On entend parler du groupe c’est cool. On nous dit qu’on aime notre originalité. Jouer, pour l’instant, nous coûte encore de l’argent. C’est pour ça qu’on fait des tremplins pour avoir plus d’occasions de jouer ».

Le groupe évoque le peu de temps qu’ils ont à jouer pendant l’audition, 30 minutes, durant lesquelles il est difficile de développer une cohérence dans leur set. A contrario ils mettent à l’honneur l’accompagnement des différents groupes par les professionnels. Notamment la résidence qu’ils ont eue pour préparer et améliorer leur set : « On ne connaît pas de tremplin où il y a ça ! ».
Parmi leurs « concurrents » aux auditions, ils ont un faible pour Os Drongos, qu’ils trouvent originaux et qu’ils aiment le plus musicalement.

En leur demandant pourquoi le jury les choisirait pour partir jouer à Bourges, ils répondent qu’ils sont arrivés à la fin d’un processus de développement et que depuis il n’y a pas eu d’évolution. Ils aimeraient voir cette sélection aux Inouïs comme une reconnaissance des professionnels pour pouvoir évoluer et passer à un stade plus sérieux : « Ca fait 4 ans que l’on fait tout nous-même, on se manage, on se booke nous-mêmes et on n’arrive pas à tourner : on a besoin d’être encadrés, vraiment […] on est arrivés à un niveau où on ne serait pas des escrocs à demander les cachets pour nos concerts : on est des musiciens et il se trouve que c’est notre vrai métier ».

Un vrai métier ? Pourquoi pas ? Car qui vient-on voir quand on se rend dans une salle de concert ? Pour qui se déplacent ces milliers de personnes dans les festivals qui vont vider les fûts de bière des buvettes à coup de gros billets ?

Lois EME