Annemasse, Château-Rouge, le 30/01/2016, second soir des auditions Rhône-Alpes pour les Inouïs du Printemps de Bourges 2016.

Le concert de Daisy Lambert est fini depuis bien une heure. J’arrive enfin à trouver un moment pour dégoter Daisy, qui n’est plus entouré que de quelques personnes. Devant l’entrée, dehors, en train de se les cailler avec tous les artistes et les pros du soir. Je pense qu’il y a d’ailleurs plus de monde pour fumer des clopes à cet endroit que de public à apprécier les concerts.

A vrai dire je ne comprends pas bien, mais c’est sûrement ça un concert : un endroit pour venir fumer des clopes. Et si on n’a plus rien à se dire on ira écouter jouer des groupes…

On décide alors de se trouver un endroit un peu plus calme pour débuter cette interview. Le catering est un endroit parfait : nous ne sommes pas seuls et il n’y a pas trop de monde non plus.

On débute, j’ai des questions un peu standard à lui poser mais je sais qu’avec Daisy, les réponses seront loin de l’être.
Première question : « As-tu déjà été au Printemps de Bourges ? »
Réponse : « Tu sais, maintenant, je me sens vieux pour les festivals, mais j’ai un souvenir très ému des Eurockéennes ’96 où il y avait mon Dieu de l’époque : Lou Reed. Il y avait une prog de malade : Patti Smith, Beck, Frank Black, Bowie […] mais non, je ne suis jamais allé à Bourges. »

Parlons du passé, donc. Le projet Daisy Lambert existe depuis 2011, année où Daisy tenta de faire du morceau « My Pearl » un tube. S’en est suivi un album en 2013 : « Chic type », où l’artiste retient surtout « Ce Soir J’te Sors », son morceau le plus abouti selon lui. Aujourd’hui 2016, un nouvel album qui devrait sortir au printemps : « Les Coeurs Célestes ».

Daisy revient sur la création de son projet : Il sentait qu’il y avait un « créneau à saisir, celui d’une variété française un peu désuète fusionnée avec un environnement sonore rétro-futuriste à vocation planante… et sentimentale ». C’est le genre de réponse que l’on s’attend d’avoir quand on pose des questions à Daisy Lambert. La description qu’il fait de sa musique m’évoque totalement ce que l’on a entendu à son audition : le nouvel album sent très bon. Il est aussi l’un des seuls chanteurs parmi les 8 groupes sélectionnés en région à chanter en français (avec Rebels of Tijuana partiellement), alors que les Inouïs sont sélectionnés en France et en pays francophones.

Le musicien me confie qu’un entourage professionnel et médiatique s’étonne qu’il soit dans cette sélection. Daisy trouve l’idée de compétition « rigolo » mais qu’en aucun cas il ne pense aux phases finales. Sa « suite », son ambition c’est de continuer son artisanat, de produire de la musique qu’il aime, de faire des albums. L’artiste pense déjà à 3 albums concepts futurs. Sa seule ambition était de faire de l’art, mot qu’il prononce non facilement, cherchant à plaire à une sorte de communauté d’esprit.

Pourtant on verrait bien Daisy Lambert à Bourges au milieu de jeunes groupes ambitieux et talentueux. Comme l’esprit de compétition est bien présent, je demande pourquoi son projet mériterait le plus d’être sélectionné pour les phases finales. Après avoir réfléchi sérieusement il répond que parce qu’il est le plus vieux et comme dans le bus, on laisse la priorité aux personnes âgées.

Je ne peux être que subjectif, mais face à tous ses concurrents qui sentent le neuf alors que Daisy plane dans la mélancolie, Daisy Lambert n’a-t-il pas une vraie chance en proposant un son et une sentimentalité radicalement différents des autres ? Seul à penser ça, je ne pense pas.
Mais pendant que je me prends la tête avec ces questions qui en fait n’intéresse pas grand monde, les musiciens font de la musique.
« Je vois la musique comme l’équitation : un sport qui coûte cher et qui nourrit le plaisir personnel ». Daisy Lambert

Lois EME