Cluses, L’Atelier, le 29/01/2016, premier soir des auditions Rhône-Alpes des Inouïs du Printemps de Bourges 2016.

Tout a commencé par une rencontre en cuisine, entre Nico et Samy, cuistot et commis, qui ont enduré ensemble les joies et les galères de la face cachée de la gastronomie. Et à les entendre, tout n’est pas rose et sucré derrière les fourneaux, et cela demande énormément d’investissement, un peu trop même.

Les deux sont guitaristes, ça rapproche. Pour combattre leur commune névrose de la cuisine, ils improvisent un duo où chacun trouvera un nouvel instrument à sa sauce. Nos deux chefs ont envie de découvrir et de se redécouvrir, et pour cela pas de limites, leur duo punk grunge a vocation d’exutoire. Pauline, la bassiste, les rejoindra plus tard.

Les trois amis sont des cérébraux, et leur musique est empreinte de toutes leurs interminables discussions, leurs envies, leur peurs. A tel point que, poussant le délire un cran plus loin, ils se retrouvent en forêt, les pieds solidement ancrés dans le sol mais l’esprit léger, enclins à créer dans ce cadre tellurique. Un retour aux sources qui mènera à la création de personnages, sortes de caricatures fantasmées, qui les représentent et leur donnent un regard extérieur sur eux-mêmes. Une forme d’auto-fiction dans laquelle écrire sur un personnage revient en quelque sorte à s’appréhender soi-même. Et quoi de mieux qu’un monde entier à imaginer pour faire évoluer ces personnages, qui prendront part à la mise en scène durant le concert – la mort fauchée et faucheuse qui subit un accident du travail en est un exemple.

Ils créent même une carte, celle du monde des Drongos, dont chaque lieux représente leurs propres visions, leurs propres frontières à explorer, une sorte de guide pour appréhender le long et sinueux chemin de la vie et s’y retrouver.

Oui les Os Drongos sont un univers à part, et c’est ce qui fait toute leur musique. On ne s’étonnera alors pas que chaque concert soit un peu unique, et que l’expérimentation soit toujours de mise. Etre sélectionnés aux Inouïs est une validation de tout leur travail effectué, une récompense de tous leurs efforts et une concrétisation matérielle de toutes ces nuits blanches à refaire le monde et à créer, pour mettre en place scéniquement ce qu’ils ont vraiment en tête.

Une étape franchie ce soir avec peut-être à la clé de belles rencontres et des retours constructifs.
Et ils le promettent, en cas de passage à Bourges, ils ne lésineront pas sur les moyens et sortiront le grand jeu ! Nouveaux personnages, décors et performances sont dans leurs projets, et ils sont aussi là pour profiter de l’occasion de mettre en œuvre leur vision du projet, qui mûrit à chaque concert.

On peut savoir être carré dans ses choix tout en se laissant porter par les vagues de l’aléatoire, de l’expérience et des rencontres. Les Os Drongos sont de cette catégorie là : de grands penseurs sans limites créatives.
Pauline le résume ainsi : « Ma vie a commencé à être cool à partir du moment où je ne l’ai plus prise au sérieux ». Longue vie aux Os Drongos.

Aymeric DUMOULIN