Epicerie Moderne, Feyzin, le 26 Octobre 2016

Mercredi pluvieux.
C’est bel et bien l’automne à Lyon.
Je m’en vais pourtant à la rencontre des Wild Beasts à l’Epicerie Moderne.
J’ai droit à deux des quatre gaillards : Tom Fleming (guitare, chant et claviers) et Ben Little (guitare).
Poignées de main chaleureuses, présentations, sourires, on s’installe dans les loges et on commence.

C’est la troisième fois que les Wild Beasts viennent jouer à Lyon, après avoir déjà joué à l’Epicerie Moderne il y a quelques années et plus récemment au Marché Gare, les voilà de retour dans la foulée de la sortie de « Boy King » en Août, leur tout dernier album.
Ils ont l’air contents de revenir, se souviennent d’un public lyonnais accueillant. De toutes façons, disent-ils, sur cette tournée ils n’ont pas eu une seule mauvaise date à leurs yeux. Sans prétention, ils expliquent se sentir plus à l’aise que jamais sur scène.

Arrivés à cinq semaines et juste avant d’entamer la partie américaine de la tournée, ils sont en plein dans leur lancée. « Boy King » est un album fait pour être joué live, qui est fait pour la scène, pour être un vrai « rock show » comparé à leur album précédent qui était plus pensé comme une projet studio plus difficile à transposer en concert. C’est certainement ce qui explique l’énergie dont ils font preuve sur scène.

Au-delà de ça, « Boy King » est un album plein de questionnements, de frustrations, de colère, de haine de soi, même. On apprend aux garçons, dès leur plus jeune âge, qu’ils peuvent tout faire, qu’ils sont capables de tout. Un sentiment de toute puissance : « je suis le roi du monde ». Et cette mentalité qu’on transmet est destructrice, arrivé à l’âge adulte, quand on est face à ses propres échecs et sa propre impuissance. Et si, finalement, je n’étais pas le « roi du monde » … ? Voilà en tout cas comment on me conte l’histoire de « Boy King », l’histoire d’une virilité complexe et destructrice pour eux-mêmes et les autres. Un beau documentaire sur le sujet : The mask you live in de Jennifer Siebel Newsom (2015).

En plus de dix ans de carrière, les Wild Beasts (littéralement les bêtes sauvages) ont vu d’innombrables changements dans l’industrie musicale. Ils sont bien conscients que ce n’est pas tout le monde qui a la chance de durer de cette façon, album après album. À chaque album de sorti, l’industrie n’est plus ce qu’elle était au précédent. Quand tel ou tel magazine avait loué leur travail, à la sortie suivante, le magazine a disparu : tout change constamment et le travail est donc toujours à refaire. Désormais il ne suffit plus simplement de faire comme ils disent de la « good fucking music » mais il faut savoir être présent sur les nombreuses et diverses plateformes sociales : un coucou sur Snapchat, une risette sur Instagram, et ainsi de suite. C’est devenu une partie intégrante du travail des artistes maintenant.

Les Wild Beasts sont heureux sur scène et ça se ressent. Je discerne dans la foule de vrais passionnés qui connaissent chaque parole de chaque titre, d’autres se dandinent plus sagement, en bref les gens apprécient.
Et en bonus de ce concert, je découvre Douglas Dare en première partie, un vrai petit bijou musical à suivre de près.

Frédérique AUBERT